Réseau chaleur biomasse de la ville de Belley
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Par Alain Pasqualin, ancien adjoint au Développement Durable (2008/2014) actuellement conseiller municipal d’opposition à Belley.
Ce réseau a été imaginé par Frédéric Laval, directeur de la Maison Saint-Anthelme à Belley (Hôtellerie, restauration, location de salle).

Nous nous connaissons depuis longtemps et nous partageons des préoccupations communes sur les questions écologiques et notamment sur les problématiques énergétiques.

En 2007 il m’a fait part de ses réflexions au moment où il étudiait différentes pistes pour le remplacement de la chaudière. Il avait déjà l’idée de faire quelque chose en commun avec ses voisins. À l’époque je n’étais pas élu.

Quelques mois plus tard notre équipe a été élue à la mairie et le maire d’alors, Jean-Marc Fognini, m’a confié la responsabilité du développement durable. Et un des premiers à me demander un rendez-vous a été Frédéric. Il est venu avec un projet de réseau de chaleur avec chaudière au bois. En tant qu’adjoint au développement durable j’ai été séduit et j’ai vite compris qu’il y avait là un fort enjeu pour BELLEY et une partie de sa population.

Il a quasiment fallu 6 années pour mener ce dossier à bon port. Ça a pu paraitre long mais finalement ce fut le temps nécessaire et indispensable pour que tout soit bien fait et dans le respect des contraintes que nous sommes données.

Tout au long du projet nous avons été accompagnés par HÉLIANTHE.

Dès 2009 nous avons lancé une pré-étude auprès d’INDDIGO. Celle-ci a validé la faisabilité technique et fourni les premiers éléments financiers.

Nous avons ensuite défini dans quelles conditions nous engagions la collectivité dans l’aventure.

Très tôt nous nous sommes fixés 3 objectifs et 2 contraintes. Les objectifs étaient ceux du développement durable :

L’équité sociale

  • Le choix du bois comme source d’énergie doit permettre d’obtenir le meilleur coût, toutes énergies confondues, et garantir la maîtrise de l’évolution future des prix.
  • En raccordant près de 500 logements sociaux ce nouveau service public de chauffage urbain bénéficie, en grande partie, aux familles les plus modestes.

La préservation de l’environnement

  • Le recours à une énergie renouvelable, le bois énergie, permet de réduire la part des traditionnelles énergies fossiles (fuel, gaz).
  • La ville de Belley réduit son empreint carbone.

L’efficacité économique

  • Plus de 1.2 millions d’euros de travaux ont été confiés à des entreprises locales.
  • Possibilité de créer une filière locale d’approvisionnement en bois.

Quant aux contraintes, elles étaient même des exigences :

  • La commune garde la totale maîtrise de l’opération
  • Ça ne doit pas coûter 1 seul euro au budget communal

À ces conditions j’ai obtenu le feu vert du maire pour continuer l’exploration.

Au terme d’une procédure classique nous avons choisi une maîtrise d’œuvre en lui fixant l’objectif final et les exigences de la commune mais avec plusieurs étapes de validation et la possibilité d’interrompre à tout moment le processus.

Et nous avons vraiment fait le bon choix en retenant SYNAPSE CONSTRUCTION et son sympathique président François Amblard.

Plusieurs APS ont été réalisées, le projet a été régulièrement recadré tant techniquement que géographiquement et financièrement.

Début 2012, les choix techniques étant arrêtés, l’intérêt économique de l’opération étant vérifiée il restait se lancer, à prendre la décision qui ferait passer le point de non retour.

J’ai, une nouvelle fois, plaidé la cause de ce dossier devant mes collègues, et une grande majorité d’entre eux m’a dit « on y va ».

Puis est venu le temps des travaux.

Et je ne vous cache pas que ce fut l’angoisse de quelques uns de mes collègues et notamment du maire. Parce que 4 km de réseau ça signifie 4 km de tranchées ouvertes dans la ville pendant plusieurs mois. L’équipement des sous stations et la réalisation de la chaufferie n’ont certes pas été un long fleuve tranquille mais si on s’en réfère au planning initial, très optimiste, qui prévoyait une mise en service fin 2013 on peut dire, avec le démarrage fin février 2014 « contrat rempli ».

Il y a la technique et les travaux mais l’autre composante importante de ce dossier, importante et même vitale, était le choix du mode de gestion. Nous avons eu le souci, une fois encore, de faire le choix pertinent le plus favorable aux intérêts des usagers et à celui de la commune. La gestion devait donc être assurée par des gens compétents mais, impérativement, ce n’était pas négociable, la commune devait conserver la maîtrise de l’investissement qu’elle assumait.

Voilà pourquoi, nous avons fait le choix d’une DSP (délégation de service public) avec affermage. Au terme de la procédure légale, notre choix d’un délégataire s’est porté sur DALKIA, avec attribution du marché en octobre 2012, pour une durée de 20 ans.

Ce projet a été continuellement combattu par l’opposition municipale (pollution, pas d’avenir, coût exorbitant, …). Il a été très critiqué pendant la campagne électorale et la nouvelle majorité, de droite, l’a systématiquement accusé de tous les maux pendant la première année de son mandat.

Il fait maintenant quasiment l’unanimité, un schéma directeur d’extension a été réalisé et plusieurs extensions sont à l’étude.

Mon seul regret concerne l’approvisionnement en bois. J’avais prévu, si nous avions été reconduits, de structurer une filière locale en offrant des débouchés aux communes forestières et sylviculteurs bugistes. C’est au point mort.


Je tiens enfin à remercier chaleureusement, Jean-Marc Fognini, maire de Belley de 2008 à 2014 qui m’a continuellement soutenu et fait toute confiance tout au long de cette aventure.

CHIFFRES CLÉS

D’une longueur de 3,5 kilomètres, le réseau de chauffage urbain de Belley est un réseau basse pression avec un régime de température en fonctionnement stabilisé à 105°/75°. Il dessert plus de 20 % de la population belleysanne.

La chaufferie est composée de deux chaudières biomasse de 3 750 kW et de 800 kW et de deux chaudières gaz de 4500 kW (dont une en secours).

Le réseau alimente 27 sous-stations raccordées. On y trouve :

  • Des bailleurs sociaux (Semcoda, Dynacité, Logidia)
  • Des copropriétés
  • Des entreprises (maroquinerie de Belley, Kario)
  • Des écoles primaires publiques et privées
  • Le lycée et le collège
  • Une structure hôtelière (Maison Saint-Anthelme)
  • Une maison de retraite et une crèche
  • Et d’autres

En 2015 près de 92% de l’énergie a été produite par les chaudières biomasse utilisant environ 5200 tonnes de bois

Par rapport à un chauffage au gaz, le chauffage urbain a permis d’éviter l’émission de 1700 tonnes de CO2 soit l’équivalent des émissions de CO2 de 400 véhicules diesel

Le rapport annuel technique et financier 2015 fait apparaitre une baisse du prix moyen (consommations et abonnements) du MWh livré en sous station de 18,16 % par rapport à 2014

ÉLÉMENTS FINANCIERS

Investissement total HT 6,3 millions €

  • Subvention ADEME 1,5 millions €
  • Subvention conseil régional RA 350 000 €
  • Participation région RA (lycée) 100 000 €
  • Emprunt 4,35 millions €

L’emprunt a été réalisé par la ville de Belley et est intégralement remboursé par l’annuité de financement versée par le fermier DALKIA.